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Né en 1969, musicien et juriste de formation, Frédérik Brandi est chargé de la direction du Centre international d'art contemporain (CIAC) de Carros au sein du pôle culture de la ville de Carros (Alpes-Maritimes). Par ailleurs, il est cofondateur du turbulent Festival Manké de musique contemporaine présenté épisodiquement à Nice depuis l'an 2000, et auteur d'articles, de préfaces et de chroniques sur des domaines singuliers de la musique et de l'art contemporains pour diverses publications. |
Dans la volonté d'assouvir son désir de contrastes, le Festival du Peu ne pouvait échapper à l'infini. Tel un ruban de Mœbius, le chiffre 8 de la présente édition a donc imposé comme un défi lancé aux artistes le symbole de sa forme sans début ni fin, close sur elle-même en un mouvement perpétuel et couchée en représentation de l'infini depuis le XVIIe siècle par le mathématicien anglais John Wallis. C'est un défi car nos moyens pour exprimer l'infini sont infiniment petits : situé au-delà du monde sensible, il se dérobe aux efforts humains pour le saisir. Suggérant que comme l'éternité, l'infini, c'est long "surtout vers la fin", l'évocation allaisienne du titre, en se plaçant sous la haute bienveillance de l'inventeur du monochrome figuratif, situe l'art dans son rôle traditionnel de matérialisation du spirituel, ainsi qu'ont pu l'illustrer — avec hélas plus de sérieux mais pas moins de réussite — Casimir Malevitch, Yves Klein ou Roman Opalka. Mais creuser un peu dans l'infini, c'est également interroger les rapports qu'entretiennent l'art et la science. Les nouvelles technologies font reculer les limites de l'infini, en rendant mesurable aujourd'hui ce qui, hier encore, relevait de l'infini. Œuvres graphiques conçues à partir de l'imagerie nano-technologique ou sculptures observables uniquement au microscope électronique investissent peu à peu le champ de l'art contemporain en explorant les "territoires invisibles" de l'infiniment petit. Tenter d'appréhender l'infini à travers l'art passe par une déclinaison en série d'approches, de médiums et de techniques — tous évidemment "faux" en regard de l'objet poursuivi - dont l'accumulation doit toutefois permettre, en renouvelant notre compréhension de l'espace et du temps, de dresser une cartographie poétique sinon précise d'une notion vertigineusement rebelle à qui tente autoritairement de la dompter. Aux extrémités de notre parcours, ce sont les transformations organiques et spirituelles des cycles de vie qui sont en jeu chez Jean-Marie Fondacaro, Bernard Reyboz ou Jack Casadamont. Des particules jusqu'à l'espace, il s'agit d'une exploration des ondes et des matières dans l'infini du mouvement rejoignant, par d'autres moyens, le sens de la métamorphose qui caractérisait la quête inachevée d'Edmond Vernassa. Confrontant les échelles et multipliant les points de vue, deux propositions menées par des artistes également formés en architecture ont pour objet de remettre en cause la perception de notre environnement. L'installation de Kristof Everart perturbe la notion d'échelle. Passé de l'acte du recouvrement au processus de la transformation, son travail met en jeu des va-et-vient peinture-informatique-peinture et déplace la position du spectateur. La série de dessins originaux de Max Charvolen, qui s'est frotté au réel d'un temple antique, offre quant à elle une utilisation singulière de l'outil informatique, dont les performances de calcul permettent seules de nous donner accès à la masse, dépassant notre imagination et nos capacités de dénombrement, de mises à plat possibles d’un objet en trois dimensions. Mythologie antique et mathématiques s'unissent dans le travail de Gilbert Pedinielli, qui confronte les lances guerrières à la suite de Fibonacci, lestant ainsi du poids de l'histoire humaine son écriture exponentielle tendant vers l'infini. De virtuel il est encore question avec Amande In dont le travail, comme dans le cas de l'esthapéïrisme, l'art imaginaire ou infinitésimal cher à Isidore Isou, dépasse les données concrètes de l'art dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit pour les projeter dans l'insaisissable, sous la forme de virtualités sans début ni fin possibles. Authentique fragment d'infini, susceptible d'une expansion sans limite, la sculpture de Marc-Olivier Vignon est un système architectural qui ajoute aux trois directions spatiales la dimension temporelle qui a permis son développement. Version monumentale d'un projet qui peut également se décliner en version minimale, elle semble vouloir imposer l'esthétique comme finalité des efforts scientifiques. Au centre de l'exposition enfin, investissant la maison commune ou celle de Dieu, les artistes accablés de littérature ont leur place. Ainsi Fred Pohl livre sa prise de conscience de la menace d'une société globalisée abolissant toute frontière et par là-même toute limite, variation post-moderne sur le zéro et l'infini où l'individu comme la nation deviennent quantité infinitésimale face au flot de la mondialisation et de ses quantités infinies. Et Marcel Bataillard, élaborant ses images sans le secours de la vue, installe en majesté autour de l'autel deux moutons noirs de la conscience collective, Camus et Michaux, peut-être pour imaginer Sisyphe heureux dans l'infini turbulent. Cette exposition ne cherche pas à embrasser de manière exhaustive et didactique les problématiques liées à l'infini mais propose plusieurs expositions individuelles dont les contenus et l'environnement fonctionnent comme autant de pièces d'un puzzle, tissant un réseau silencieux de renvois formels et d'échos enrichissant un insaisissable tout. L'image globale de celui-ci devrait offrir à chaque visiteur qui saura la reconstituer sa propre vision, unique, de l'infini. Car, pour paraphraser Jean Luc Daval, si les artistes contemporains sont obsédés par l'infini et la vie, leur geste accomplit la synthèse de l'espace et du temps. FREDERIK BRANDI |
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- FESTIVAL DU PEU ® - |
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