Zébus (2m x 2,60m) - 1995
Huile sur toile

Franta, à travers plusieurs voyages, a découvert le Sénégal, la Gambie, le Kenya, le Niger et le Mali.
De telles rencontres, d’intenses chocs émotifs et visuels l’ont grandement aidé à rompre avec une thématique du désespoir, celle de l’homme torturé par les technostructures bureaucratiques et autres, laminé par le machinisme glacial, celle des amas de chairs écrasées de ces peintures intérieures.
Il a puisé dans ces multiples Afriques la joie des corps, la célébration de la vie, la confirmation de son élan existentiel et de sa propre énergie explosive.

Aujourd’hui, il cadre parfois des personnages isolés, mais le plus souvent il rapproche plusieurs figures : couple, conversation, rencontre, message, confession, autant de titres qui témoignent à leur façon d’incessants rapports d’échanges oraux, véritable communication qui sait aussi la force du silence, à l’opposé de la folle spirale vide de la société de communication à l’occidentale…

C’est en Afrique que Franta a trouvé un autre corps, une autre chair, une autre nudité, bref un corps innocent comme la terre ainsi que l’a écrit Milan Kundera. Ces corps sont à la fois reliés et raccordés à l’espace et au temps, car ils y sont entièrement dedans. ils deviennent des nageurs d’air (Bernard Noël), pareils à ceux dont le corps épouse parfaitement l’eau.
Ainsi que dans l’animisme, la religion traditionnelle de ces régions, l’homme et tout le cosmos forment un tissu continu sans coutures, traversé par les mêmes infinités de perpétuelles vibrations en métamorphose.

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Le contour des corps est souvent fluide, balayé par une circulation des lumières et des couleurs. Les chairs ne sont pas noires mais envahies en tout sens des teintes de l’environnement immédiat depuis l’ocre du sable jusqu’au vert tropical. Des frissons de chaleur, des épaisseurs de couches d’air, des glissements de lumière les pénètrent de part en part ; le dynamisme du macrocosme répond à celui du microcosme. Plus rarement, des êtres sont égarés devant un désastre mécanique, cimetière d’autos et de ferrailles, devenus présence charnelle dérisoire et incongrue.
À l’heure d’un afropessimisme galopant, il est réconfortant que des artistes ne nous parlent pas de la misère, la faim, la désertification, la corruption et le sida qui frappe de plein fouet une partie du continent noir.
Franta est un des plus originaux d’entre eux, totalement impliqué dans un parcours exigeant, où il s’affirme de plus en plus par son regard fraternel et son humanité généreuse, selon un style qu’il a conquis avec une maîtrise et une liberté grandissante.
Dans la splendeur des œuvres, il restitue à l’Afrique tout ce qu’elle lui a donné.

Pierre GAUDIBERT